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Programme CARELI

16 décembre 2019

Quels sont les effets éventuels de la « protection » du renard comparés à son classement comme espèce « chassable et susceptible d’occasionner des dégâts (CSOD) » ? Telle est la question à laquelle cherche à répondre le programme décennal CARELI, initié par un consortium regroupant le monde de l’agriculture [1], de la chasse [2], et des naturalistes [3], avec l’appui de chercheurs [4].

Contexte et objectifs

En 2018, dans le département du Doubs, la proposition de classement du renard dans la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts a suscité de vives polémiques, les parties prenantes arguant, à propos des différentes composantes du socio-écosystème régional, d’effets négatifs de l’espèce (par exemple prédation sur le gibier comme le lièvre ou sur des espèces patrimoniales, dégâts aux poulaillers, etc.) ou positifs (consommation de campagnols prairiaux posant problème aux agriculteurs, etc.).

Lors des débats de la formation spécialisée de la Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS), ses membres (agriculteurs, chasseurs, naturalistes...), au lieu de rester stérilement sur leurs positions, et actant du besoin de mesurer objectivement les effets d’une prise de décision réglementaire, se sont appuyés sur les chercheurs pour proposer collectivement un dispositif de recherche-action baptisé CARELI (pour CAmpagnol REnard LIèvre) visant, au terme de l’étude, la mise en place d’une gestion adaptative du renard.

Dans un premier temps, il s’agit de comparer les effets d’une différence de statut (espèce « protégée » comparée à « chassable et inscrite dans la liste des organismes susceptibles d’occasionner des dégâts ») sur :

  • les populations de campagnols prairiaux
  • les populations de lièvre
  • la contamination du milieu par l’échinocoque alvéolaire
  • les dégâts aux élevages avicoles (poulaillers,…)
  • d’autres espèces et événements mesurables (espèces d’oiseaux nicheuses au sol, dégâts dans les exploitations agricoles,…)

Ce dispositif pilote de surveillance concertée vise, à terme, non seulement à apporter un certain nombre de réponses objectives à des questions débattues en CDCFS, mais surtout la mise en place d’une nouvelle approche de ce genre de questions relatives aux socio-écosystèmes multifonctionnels, ainsi que produire des outils d’aide à la décision. Cette approche concertée et collaborative pourrait être étendue ensuite au niveau national y compris pour d’autres espèces [5].

Modalités

Où et quand ?

Le campagnol terrestre est une source importante de nourriture pour les carnivores dans le Haut-Doubs. Ses cycles démographiques étant de 5-6 ans, il est indispensable que l’étude puisse se poursuivre sur plus d’un cycle, c’est à dire au minimum une dizaine d’années, et sur des étendues très larges incluant chacune une population de renard suffisante.

Á partir de 2020, deux zones situées respectivement à une altitude de 500-700 m (région de Valdahon – Vercel) et 850-1000 m d’altitude (val de Mouthe), seront divisées chacune en deux :

  • une sous-zone « renard protégé de fait »
  • une sous-zone « renard CSOD ».

L’ensemble correspond à 4 unités cynégétiques de la FDC25 [6].

Pour chaque sous-zone, pendant 10 ans (incluant un cycle démographique complet du campagnol terrestre), les suivis listés ci-après seront réalisés afin de mesurer les effets des deux types de gestion.

Aspects réglementaires

Le renard ne peut être réglementairement protégé dans les zones requises, comme le sont par exemple le chat sauvage et le lynx (il s’agit, pour ces espèces, d’une liste nationale), mais le préfet du département a le pouvoir de retirer le renard des espèces chassables et des espèces SOD, ce qui revient à une « protection de fait ». C’est cette option réglementaire que le préfet du Doubs a accepté de mettre en œuvre dans le cadre du programme CARELI.

Mesures effectuées

MesureOrganismeFinancement
Comptages nocturnes (IKA renard, lièvre, chevreuil, blaireau, chat sauvage, bécasse) FDC25 auto FDC25
Comptages diurnes (rapaces, oiseaux nicheurs, etc.) FNE25-90 à trouver
Transects pour recenser les micromammifères (2 transects par zones) FREDON auto FREDON+DRAAF
Suivi de l’échinococcose alvéolaire et évaluation des génotypes individuels de renards (en vue d’estimation de densité de population de renards), analyse de > 30 crottes de renard par zone. CNR Echinococcoses/Chrono-environnement auto CNR + complément à trouver
Suivi des dégâts/nuisibilités causés par le renard FNE25-90 à trouver
Suivi des prélèvements des renards par la chasse sur les deux zones concernées. FDC25 auto FDC25
Suivi qualité des données et analyses statistiques. Chrono-environnement auto CE + DRAAF
Suivi socio-anthropologique du programme LASA auto LASA + à trouver

Financement

Une grande partie du programme CARELI est auto-financé par les organismes qui l’ont mis en place. Il n’en reste pas moins que certaines mesures ne pourront être réalisées que si des financements complémentaires sont trouvés. C’est le cas des comptages diurnes, des enquêtes sur les dégâts éventuels, des analyses sur l’échinococcose alvéolaire et des études sociologiques.

Pour en savoir plus...

Note d’intention CARELI
Présentation dias CARELI

Contacts

  • La coordination administrative de CARELI est assurée par Geoffroy Couval, FREDON de Franche-Comté et Chrono-environnement
  • Les porte-paroles exclusifs de CARELI sont ceux mentionnés en note de bas de page ci-dessous, pour chacune des composantes

Voir aussi...

La Terre de Chez Nous, Article du 10 janvier 2020

Notes

[5Un travail de ce type a été effectué par un consortium similaire dans la première décade des années 2000 pour la gestion des pullulations de campagnol terrestre. S’appuyant sur les résultats obtenus par la recherche-action dans les années 1990s, il a permis la production d’un corpus de connaissances nouvelles validées scientifiquement appuyant l’action, la réduction drastique d’usage des rodenticides dans la lutte ainsi que de leurs effets non intentionnels, et à fonder la réglementation nationale actuelle portant sur le contrôle des populations de campagnols. Il a également permis le renforcement d’une culture commune à l’ensemble des parties-prenantes, assurant une gestion relativement pacifiée des socio-écosystèmes régionaux (outils d’aide à la décision, etc.). Les dispositifs "Rongeurs - prédateurs" et "Faune sauvage et contaminants" de la Zone atelier Arc jurassien, créés dès la fin des années 1980s, ont été à la racine de ce travail.

[6respectivement de 223, 127, 205 et 135 km2